J'en parle

Oh, UK…

24 juin 2016

L’Angleterre est mon pays de coeur. J’y suis née, il y a 29 ans. Elle a accueilli mes parents, jeunes mariés, en quête d’indépendance et d’une vie toute neuve à construire et c’est là que j’ai poussé mes premiers cris. J’ai vraiment un attachement particulier pour ce pays.

Et aujourd’hui, je suis triste. Je suis triste de voir ce pays que j’aime tant prendre une si mauvaise décision. Je suis triste de voir que les jeunes, qui ont voté pour rester à près de 70% pour les 18-25 ans, vont devoir payer le plus longtemps les conséquences de cette décision.

Je n’en parle pas souvent ici car le but n’est pas de parler de mon job, mais je travaille au Parlement européen depuis 3 ans et demi. J’ai d’abord couvert l’actualité parlementaire en français, et je suis maintenant depuis un an coordinatrice de projets web. Je travaille dans une unité où j’ai un collègue provenant de chaque pays de l’Union européenne, sauf le Royaume-Uni depuis quelques années. Ah oui, et Malte aussi. Tous les jours, je travaille au coeur de l’Europe, entourée d’Européens.

Et ce matin, le choc. Le résultat du référendum est tombé et les analyses avec lui. Cet article très complet du Guardian nous éclaire un peu plus sur ceux qui se cachent derrière ce simple choix de « oui » ou de « non », partir ou rester. Réagir à chaud n’est jamais très efficace mais moi-même en tant que fonctionnaire européen, je ne saisis pas toutes les implications et les conséquences de ce Brexit qui tout d’un coup est devenu une réalité. Il y a l’article 50 du Traité sur l’Union européenne qui donne quelques pistes mais ce n’est même pas sûr qu’il soit invoqué.

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A part une grande tristesse et un trou dans le coeur, ce que je retiens déjà de cette journée est l’importance de l’éducation. Le manque d’éducation, de civisme, de politesse, c’est quelque chose que je remarque au quotidien. Cela va des avis tranchés sur fond d’ignorance à l’incapacité de dire « bonjour » ou « merci ».

Il y a quelques années, la possibilité de recevoir une instruction, d’aller à l’école, n’était réservée qu’aux privilégiés. Des hommes et des femmes se sont battus pour avoir le droit d’aller à l’école. Pourtant aujourd’hui, le 24 juin 2016, un pays (et pas un petit pays) a décidé pour la première fois de quitter l’Union européenne et que nous disent les analyses ? Que cette décision est intimement liée au degré d’éducation des votants, sans surprise.

Moi, ça me dépasse. Cela fait des années que ça me dépasse, d’ailleurs. J’ai grandi en rêvant d’être journaliste et lorsque j’ai eu l’âge de choisir cette formation, je m’en suis détournée. Mon pays traversait à l’époque une grosse crise et a décroché un record du pays le plus longtemps sans gouvernement. Je ne me reconnaissais tellement pas dans les médias que je ne voulais pas en être. L’ironie du sort est qu’une fois diplômée en relations publiques, je suis devenue journaliste web. Mais pour parler de lifestyle et, petit à petit, de plus en plus d’actualité people (l’éclate, quoi…). Mais ce fut mon premier job… Et j’étais contente d’avoir eu la chance d’en avoir un si rapidement après être sortie des études. J’ai quitté le monde des médias après avoir eu l’opportunité d’aller au Parlement européen, où pendant 2 ans j’ai couvert l’actualité européenne. Mais je n’ai jamais cessé d’avoir l’impression d’être mal informée par les médias.

Cet article décousu pour dire qu’il est pour moi vital de miser sur l’éducation aujourd’hui. C’est ce mot-là que j’ai envie de lire dans les priorités politiques. La démocratie, c’est bien, mais il faut donner aux gens les moyens de s’en servir à bon escient. Sinon, à quoi ça rime ? Pourquoi donner son avis sur quelque chose qu’on ne comprend pas ? (n’est-ce pas, Adam ?) Les médias sont ce qu’ils sont, la course à la primauté de l’information qu’elle soit vraie ou qu’elle soit fausse prime sur tout le reste et je ne vois pas cela changer dans un futur proche malheureusement. Mais donner les clés aux gens de décrypter tout ça, de démêler le vrai du faux, de réfléchir à ce qui est le mieux pour eux, leur famille, leurs voisins, leur pays… C’est pour moi le fondement de la citoyenneté.

Il faut aussi sortir de la société d’individus que nous connaissons aujourd’hui. Il n’y a pas si longtemps, les gens vivaient beaucoup plus en communauté. Désormais, c’est chacun chez soi. Les espaces entre les familles, les voisins, son lieu de travail, deviennent de plus en plus grands. On ne fait plus attention aux autres. C’est une des choses que j’ai dû apprendre en danse contemporaine d’ailleurs : ouvrir les yeux, non pas seulement sur le monde qui m’entoure, mais sur les personnes qui m’entourent. Si tu ne le fais pas, c’est la collision assurée, et ça fera mal.

Et aujourd’hui, ça fait mal.

  • Patator

    En même temps ils n’étaient pas vraiment dedans… pas dans Schengen, pas dans l’Euro.
    Cela ne changera strictement rien pour les britanniques à mon avis… peut-être pour le reste de l’UE éventuellement…
    J’ai la double nationalité franco-britannique mais perso le #Brexit ne changera rien à ma vie…